Sosa 14 · Génération IV · Les bisaïeuls · Branche Defleur
Sébastien Joseph Defleur
1873 – …
Vérifié sur documentJournalier. Né à Sommière le 16 février 1873. Fils de Hadelin Joseph Defleur, ouvrier agricole à Sommière, et de Joséphine Collard. Épouse à Lesve, le 2 septembre 1899 à dix heures, Pélagie Marie Jadot, née à Lesve le 7 juillet 1874, fille de Julien Jadot, garde champêtre, et de Béatrix Toison. En règle avec la loi sur la milice, par certificat du gouverneur de la province de Namur du 16 août 1899. Les quatre parents des époux étaient vivants : sa mère a consenti par certificat délivré à Sommière, les trois autres étaient présents. Aucun contrat de mariage.
Les pièces
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Ce que les actes racontent
Une ligne dans une table, et une date fausse
Sébastien Joseph Defleur est entré dans cet arbre par une seule ligne, relevée dans l'index décennal des mariages de Lesve pour les années 1891-1900 :
39· Defleur et Jadot ·4·9·9bre·99
Il fallait la déchiffrer. Le 39 de gauche est le rang dans l'index, pas le numéro de l'acte. Le 9bre est une abréviation ancienne pour novembre — du latin november, neuvième mois du calendrier romain ; on trouve de même 7bre pour septembre, 8bre pour octobre, Xbre pour décembre. On lisait donc : acte numéro 4, le 9 novembre 1899.
C'était cohérent. Leur fille aînée naît en 1900, moins d'un an plus tard ; les âges tombaient juste. La date a été notée, et elle était fausse.
Un index n'est pas un acte. Il localise, il ne prouve pas. Quand le registre lui-même a été ouvert, l'acte s'est révélé daté du 2 septembre 1899 — et l'acte suivant du 9 septembre, ce qui confirme la place du nôtre dans une série strictement chronologique. La lecture de l'index était fautive : très probablement 2 · 7bre pris pour 9 · 9bre.
Deux mois d'écart, sur une seule ligne mal lue. C'est peu, et c'est exactement le genre d'erreur qui se recopie ensuite pendant des années.
L'acte, à Lesve, le 2 septembre 1899
Il est rédigé en français — nous sommes en province de Namur — et s'étale sur deux pages du registre : il commence à droite d'une vue et s'achève à gauche de la suivante.
L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf, du mois de septembre, le deuxième, à dix heures, pardevant moi Gustave MISSON, bourgmestre, faisant les fonctions d'officier de l'état civil de la commune de Lesve, sont comparus en séance publique, en la maison communale :
DEFLEUR Sébastien Joseph, célibataire, âgé de vingt-six ans, né à Sommière, profession de journalier, domicilié à Sommière, fils majeur de Hadelin Joseph DEFLEUR, ouvrier agricole, domicilié à Sommière, et de Joséphine COLLARD, ménagère, domiciliée à Sommière ;
Et JADOT Pélagie Marie, célibataire, âgée de vingt-cinq ans, née à Lesve, profession de ménagère, domiciliée à Lesve, fille majeure de Julien JADOT, garde champêtre, domicilié à Lesve, et de Béatrix TOISON, ménagère, domiciliée à Lesve.
Lesquels m'ayant requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux, j'ai d'abord donné lecture des pièces suivantes […] : 1° de l'acte de naissance de Sébastien Joseph Defleur constatant qu'il est né à Sommière le seize février mil huit cent soixante-treize ; 2° de l'acte de naissance de Pélagie Marie Jadot constatant qu'elle est née à Lesve le sept juillet mil huit cent soixante-quatorze ; 3° d'un certificat délivré par Monsieur le Gouverneur de la province de Namur […] constatant que Defleur Sébastien Joseph a satisfait à la loi sur la milice ; 4° […] portant consentement par Joséphine COLLARD épouse Defleur au mariage de son fils ; 5° et finalement du chapitre six du titre cinq du Code civil intitulé « Du mariage ».
Après cette lecture, Hadelin Joseph DEFLEUR, Julien JADOT et Béatrix TOISON, ici présents, ont déclaré donner leur consentement au mariage de leurs enfants. […] j'ai déclaré au nom de la loi que Defleur Sébastien Joseph et Jadot Pélagie Marie sont unis en mariage. […]
Le tout en présence de Constant Demarcin, 37 ans, fermier à Lesve ; Omer Bocart, 25 ans, instituteur à Grammont ; Valentin Piette, 31 ans, journalier à Sommière ; et d'Adelin JADOT, 25 ans, charron à Sommière.
Quatre ancêtres que personne n'avait
Un acte de mariage nomme les parents des deux époux : c'est ce qui en fait la pièce la plus rentable de toute la généalogie. Celui-ci en livre quatre d'un coup, et aucun des quatre ne figurait dans les arbres consultés.
Du côté de l'époux, Hadelin Joseph Defleur, ouvrier agricole à Sommière, et Joséphine Collard, ménagère. Hadelin — et non Hardelin : le prénom a été relu et agrandi. C'est un nom namurois classique, celui de saint Hadelin de Celles ; la graphie colle au pays.
Du côté de la mariée, Julien Jadot, garde champêtre de Lesve, et Béatrix Misson, ménagère. Trois des quatre parents sont dans la salle. La mère de l'époux, seule absente, a fait délivrer un certificat de consentement par sa commune — on ne se déplaçait pas de Sommière à Lesve à la légère.
L'âge de Julien Jadot ne vient pas de cet acte, qui ne le donne pas, mais de l'acte précédent dans le même registre, où il figure comme témoin : cinquante-cinq ans, garde champêtre à Lesve. Il était le témoin d'office du village. Il a marié sa fille le même jour.
Une lettre, et deux erreurs
Le nom de la mère de la mariée nous a longtemps échappé, et il vaut la peine de raconter comment il s'est laissé prendre.
Nous avons d'abord lu Toison. Un arbre généalogique consulté en ligne donnait, lui, Misson — et comme cet arbre ne citait aucune source, nous avons maintenu notre lecture. Le doute est venu d'ailleurs : le bourgmestre qui célèbre ce mariage, que nous lisions « Gustave Toison », s'est révélé s'appeler Gustave Misson, établi par trois actes où il signe en toutes lettres. La même écriture nous avait donc pris une fois au piège.
La réponse était sur la page même. Dans cette main, le M capital ne se trace pas comme on l'attend : c'est un fût unique qui se recourbe en crosse vers la gauche, sans les jambages habituels. Or ce glyphe-là figure trois mots plus loin, dans un nom qui ne souffre aucune discussion — « Jadot Pélagie Marie ». Le même signe, le même jour, la même plume.
La mère de la mariée s'appelait donc Béatrix Misson. Et l'arbre non sourcé avait raison contre nous.
Une dernière malice explique la persistance de l'erreur : le registre porte deux mains différentes. Sur la page de gauche, un autre greffier écrit « Misson » avec un M large et à jambages, parfaitement lisible — de sorte que comparer d'une page à l'autre égarait au lieu d'éclairer. C'est dans la ligne, pas dans le volume, qu'il fallait chercher le point de comparaison.
Ce qu'on sait de sa vie
Il naît à Sommière le 16 février 1873, il est journalier — travailleur payé à la journée, le bas de l'échelle rurale. Il épouse à vingt-six ans une fille de Lesve, le village voisin, et c'est là qu'il s'installe.
Trois enfants au moins y naissent : Léa en octobre 1900, notre ancêtre ; Marie Joséphine en septembre 1906 ; Adelin Armand Joseph en décembre 1909. L'acte de 1906 le dit ouvrier agricole et non plus journalier — la nuance n'est pas rien : on passe du travail à la journée à un emploi suivi.
Un détail des témoins mérite l'œil. Le quatrième s'appelle Adelin Jadot, vingt-cinq ans, charron — installé à Sommière, le village de l'époux. L'âge et le nom désignent presque à coup sûr un frère de la mariée, parti travailler là-bas. Et l'on ne peut pas ne pas remarquer que Hadelin Joseph Defleur et Adelin Jadot portent le même prénom namurois : les deux familles puisaient au même répertoire bien avant de s'allier.
Ce qui reste ouvert
Les quatre parents sont nommés, mais rien n'est daté : nous savons qu'ils vivaient en 1899, c'est tout. Leurs deux actes de mariage — Defleur × Collard et Jadot × Toison, tous deux avant 1873 — feraient remonter la lignée d'une génération de chaque côté.
Deux coïncidences attendent d'être creusées ou écartées. La mère de l'époux s'appelle Joséphine Collard, et l'on trouve dans la même région, une génération plus tôt, une Séraphine Colard qui est elle aussi notre ancêtre par une autre branche. Et la mère de la mariée, Béatrix Misson, porte le nom du bourgmestre qui les marie.
Ni l'une ni l'autre ne prouve quoi que ce soit. Misson est courant à Lesve — l'acte qui précède le nôtre dans le registre unit d'ailleurs une Misson Pélagie Marie. C'est précisément parce que ces rapprochements sont séduisants qu'il faut les vérifier au lieu de les supposer.
Sources
- Acte de mariage, Lesve 02/09/1899 - État civil de Lesve (Profondeville), Namur. Archives de l'État en Belgique, AGATHA, volume 198419, pages 276-277 - Sources/14-Sebastien-Joseph-DEFLEUR-1873/
- Index décennal des mariages de Lesve 1891-1900
- Arbre Geneanet mirat25 (Lucie Leclercq) - https://gw.geneanet.org/mirat25