La petite histoire

Sosa 26 · Génération V · Les trisaïeuls · Branche Warnant

Joseph Beaupière

Vérifié sur document

Cultivateur à Lesve. Présent et consentant au mariage de sa fille Marie Elise à Lesve le 3 mai 1881, où il a signé l'acte.

ProfessionCultivateur
RésidenceLesve

Les pièces

Les documents d’archives rassemblés pour cette personne — cliquer pour ouvrir l’image en pleine taille.

Acte naissance Arbre Besinne Felix Joseph — 17 janvier 1826
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Acte deces Bois de Villers n19 — 22 octobre 1906
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Ce que les actes racontent

Un homme sous trois prénoms

Félix Joseph Beaupère aura passé un siècle et demi à être mal nommé.

Quand on l'a rencontré pour la première fois, en 1881, dans l'acte de mariage de sa fille, il s'appelait « Joseph Beaupière ». Quand on a retrouvé son acte de décès, en 1906, il s'appelait « Beaupère Félix ». Deux documents officiels, deux prénoms différents, et la tentation d'y voir une erreur de greffe.

C'est son acte de naissance qui a tranché : il se prénomme Félix Joseph, en entier. Ni l'un ni l'autre des actes tardifs n'était fautif — chacun avait retenu la moitié qu'on employait devant lui. Le même flottement frappe son propre père, François Joseph, réduit à « Joseph » sur le même acte de 1906.

C'est une leçon qu'il vaut la peine de retenir en lisant ces pages : dans ces villages, on ne s'appelait pas par son état civil. Le prénom d'usage tenait lieu de nom, et le registre enregistrait ce que la famille disait.

Né à Bésinne, pas à Arbre

Son acte de décès le dit « né à Arbre, province de Namur ». Son acte de naissance dit Bésinne. Les deux sont vrais, et il faut savoir pourquoi : la commune s'appelait alors Arbre et Bésinne, et le ménage vivait au hameau de Bésinne.

La distinction n'est pas un détail d'érudit. Elle décide d'où l'on cherche les actes de ses parents — et l'on a longtemps cherché « Bossière », par mauvaise lecture du nom.

Il y a une règle derrière tout cela, qui vaut pour l'ensemble de ce site : un acte fait foi de ce qu'il constate, non de ce qu'il redit. L'officier d'état civil de 1826 constate une naissance sous ses yeux ; celui de 1906 recopie ce que deux gendres lui déclarent d'un vieil homme qu'ils ont connu octogénaire. Le premier prime.

L'acte de naissance, 17 janvier 1826

Du dix-septième jour du mois de janvier, à douze heures du jour, mil huit cent vingt-six. ACTE DE NAISSANCE de Félix Joseph BEAUPERE, né le seize à une heure de l'après-midi, fils de François Joseph Beaupere, profession journalier, demeurant à Bésinne province de Namur, et de Éléonore Joseph Lambert, profession ménagère, demeurant à Bésinne province de Namur. Le sexe de l'enfant a été reconnu être masculin. Premier témoin Corneil Joseph Ghislain Huwart, laboureur, domicilié à Arbre, âgé de trente-cinq ans ; second témoin Lambert Joseph Legros, journalier, domicilié à Bésinne, âgé de trente ans. Sur la déclaration faite par François Joseph Beaupère, père de l'enfant. Constaté par moi Jacques Joseph Huwart, bourgmestre de la commune d'Arbre et Bésinne.

Signé : L. J. Legrosà l'exception de François Joseph Beaupère qui a déclaré ne savoir écrire · C. J. G. Huwart · J. J. Huwart, bourgmestre

Il est né le 16 janvier 1826 à une heure de l'après-midi, et déclaré le lendemain à midi. Son père est venu en personne, et il ne savait pas écrire — la formule est portée noir sur blanc au bas de l'acte.

Cet acte fait plus que dater une naissance. Il transforme un lien supposé en lien prouvé : jusque-là, on tenait François Joseph Beaupère pour son père parce que d'autres documents le suggéraient ; ici, l'homme comparaît et se déclare. Et il confirme, à quatre-vingts ans de distance, que l'acte de décès ne s'arrondissait pas : il avait bien quatre-vingts ans en 1906.

L'acte de décès, 24 octobre 1906

N° 19. Du vingt-quatrième jour du mois d'octobre mil neuf cent et six, à dix heures. ACTE DE DÉCÈS de BEAUPÈRE Félix, veuf de COLARD Séraphie, décédé le vingt-deux de ce mois à quinze heures, profession sans, âgé de quatre-vingts ans, né à Arbre, province de Namur, demeurant à Bois-de-Villers, fils de feu BEAUPÈRE Joseph, profession de journalier, domicilié en dernier lieu à Arbre, et de LAMBERT Éléonore, décédée, profession de ménagère, domiciliée en dernier lieu à Arbre.

Sur la déclaration faite par WARNANT Victor, âgé de cinquante ans, demeurant à Bois-de-Villers, profession de cultivateur, qui a dit être gendre du défunt, et par BODSON Constant, âgé de cinquante-six ans, demeurant à Lesve, cultivateur, qui a dit être gendre du défunt.

Constaté suivant la loi par moi LEGROS Louis, bourgmestre […] commune de Bois-de-Villers. Signé : Victor Warnant · Constant Bodson · Le Bourgmestre

Il meurt un lundi après-midi, à trois heures, chez lui à Bois-de-Villers. Ses deux gendres viennent le déclarer le surlendemain matin.

Ce que cette page apprend en passant

Trois choses, qu'aucun autre document ne donnait.

D'abord : il est veuf. Sa femme, Séraphine Colard, est donc morte avant le 22 octobre 1906. C'est notre seule borne sur elle, et elle vaut de l'or : on la cherche depuis, en vain, dans les tables de Bois-de-Villers, de Lesve et d'Arbre. Elle vivait encore en mai 1881, au mariage de leur fille. Entre ces deux dates, vingt-cinq ans, elle disparaît sans laisser d'acte. C'est l'un des blocages les plus tenaces de cet arbre — et il faudra probablement chercher son nom sous une autre graphie, Collart, courante dans ce pays.

Ensuite : le premier déclarant est Victor Warnant, cinquante ans, cultivateur — notre ancêtre, son gendre, qui signe de sa main. L'âge concorde au mois près avec sa naissance de janvier 1856. Ce détail administratif est aussi la dernière trace certaine que nous ayons de lui vivant.

Enfin : le second gendre, Constant Bodson, cinquante-six ans, cultivateur à Lesve. Félix Joseph avait donc au moins deux filles mariées — Marie Elise, la nôtre, et une sœur qui a épousé un Bodson. C'est une porte vers une fratrie dont nous ne savons rien.

Sa vie, en trois mots d'actes

On ne connaît de lui que ce que trois documents en disent, et c'est peu : né journalier chez des journaliers, il est cultivateur en 1881 quand il marie sa fille à Lesve, et sans profession en 1906 — la formule des vieillards. Il aura vécu quatre-vingts ans dans un rayon de dix kilomètres, entre Bésinne où il naît, Lesve où il élève ses filles, et Bois-de-Villers où il meurt.

Une seule chose reste à trouver pour compléter ce portrait : son mariage avec Séraphine, quelque part entre 1850 et 1858 — leur fille naît à Lesve à la fin de 1858. Cet acte-là nommerait les parents de Séraphine, dont nous ignorons tout.

Sources