La petite histoire

Sosa 6 · Génération III · Les grands-parents · Branche Warnant

Célestin Warnant

1892 – 1962

Une seule source

Père d'Angèle Warnant. Dates 1892-1962 d'après l'arbre mirat25 de Lucie Leclercq.

Naissance1892
Décès1962
UnionLéa Defleur — union non vérifiée

Les pièces

Les documents d’archives rassemblés pour cette personne — cliquer pour ouvrir l’image en pleine taille.

Acte naissance Bois de Villers n36 — 25 novembre 1892
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Ce que les actes racontent

Deux dates et rien d'autre

Pendant longtemps, Célestin Warnant s'est résumé à quatre chiffres relevés dans un arbre généalogique en ligne : « 1892-1962 ». Pas de jour, pas de commune, pas de prénoms complets — et aucune source. C'était le grand-père maternel de la souche de cet arbre, et il n'était appuyé sur rien.

L'acte a fini par être trouvé, et il a d'abord fallu se défaire d'une fausse piste.

Le piège de l'index

Les registres numérisés sont accompagnés d'index, qui gagnent un temps précieux — à condition de savoir ce qu'ils disent. Celui-ci annonçait une naissance à « Namur, Namur ».

Or Namur est ici l'arrondissement, pas la commune. L'enfant n'est pas né en ville. Le raisonnement qui avait écarté Lesve, le village de sa mère, restait juste par ailleurs : le numéro de l'acte — le trente-sixième de l'année — y était impossible, Lesve n'enregistrant qu'une vingtaine de naissances par an. Simplement, le ménage n'était pas parti à la ville : il était retourné chez le père, à Bois-de-Villers.

C'est une règle qu'il vaut la peine d'énoncer : l'index donne parfois la juridiction, seule l'image donne le village. Et l'irrégularité est complète — pour la sœur cadette de sa future femme, le même index nommait bien la commune.

L'acte, Bois-de-Villers, novembre 1892

N° 36. Du vingt-septième jour du mois de Novembre mil huit cent quatre-vingt-douze, à deux heures de relevée. ACTE DE NAISSANCE de WARNANT Célestin Joseph Gislain, né à Bois-de-Villers, Province de Namur, le vingt-cinq de ce mois à deux heures du matin, fils de WARNANT Victor Joseph, âgé de trente-six ans, profession de cultivateur, demeurant à Bois-de-Villers, et de BAUPÈRE Marie Elise, âgée de trente-trois ans, profession de ménagère, demeurant à Bois-de-Villers.

Le sexe de l'enfant qui a été présenté a été reconnu être masculin. Premier témoin DUFAUX Célestin, âgé de quarante-huit ans, journalier, domicilié à Lesve. Second témoin MARÉCHAL Alphonse Joseph, âgé de trente-cinq ans, agent d'affaires, domicilié à Bois-de-Villers. Sur la déclaration faite par le père de l'enfant.

Constaté suivant la loi, par moi TOISOUL Auguste, Bourgmestre […] commune de Bois-de-Villers, et après lecture faite aux témoins et déclarant lesquels ont signé avec moi.

Signé : Victor Warnant · Dufaux Célestins · A. J. Maréchal · Aug. Toisoul

Il est né le 25 novembre 1892 à deux heures du matin, déclaré le 27. Ses prénoms d'état civil sont Célestin Joseph Gislain — le troisième, Ghislain, revient dans presque toute cette parenté namuroise ; il ne faut ni s'en étonner ni y voir deux personnes.

Son père déclare lui-même et signe, comme il signait déjà onze ans plus tôt à son mariage. Il était alors distillateur ; il est maintenant cultivateur. Les deux âges portés à l'acte — trente-six ans pour le père, trente-trois pour la mère — tombent exactement sur les dates que leur acte de mariage avait données.

Le premier témoin s'appelle Célestin Dufaux, il est journalier, et il habite Lesve. Il porte le prénom qu'on donne à l'enfant, et il vient du village que la famille a quitté : le lien ne s'était pas rompu.

Trois berceaux vides

C'est en cherchant sa fratrie que cette page prend un autre poids. Ses parents ont eu sept enfants, et voici ce que les registres en disent.

Joseph Alexandre, né le 30 juin 1881 à Lesve, mort le 12 juillet suivant — douze jours. Edouard Gillain Joseph, né le 28 janvier 1883, mort le 14 février — dix-sept jours. Camille Ghislain Joseph, né en 1884, mort le 25 juillet de la même année, au berceau.

Trois enfants en trois ans, trois enterrements. Puis un quatrième naît en février 1886, et on l'appelle Camille — le prénom du dernier mort. Une sœur, Angèle Catherine Joséphine, naît en 1889. Célestin vient en 1892. Un dernier garçon naît en 1894, et on le prénomme Joseph — comme le premier-né qui n'avait pas vécu treize jours.

Redonner à un nouveau-né le prénom d'un frère mort était courant, et cela se lit partout dans les registres de ce siècle. Il faut le savoir pour deux raisons. D'abord parce que deux enfants d'un même couple peuvent porter le même prénom sans être la même personne — l'erreur est facile et fréquente. Ensuite parce que cela dit, mieux qu'un commentaire, ce qu'était une famille rurale en 1885 : on donnait aux vivants le nom des morts, et l'on continuait.

Il y a une autre reprise, plus douce. Sa sœur aînée s'appelait Angèle. En 1929, Célestin donnera ce prénom à sa fille.

Le déménagement, lisible dans les lieux de naissance

Les trois aînés naissent à Lesve, le village de la mère, entre 1881 et 1884. Célestin naît à Bois-de-Villers, celui du père, en 1892. Le ménage a donc changé de commune entre 1886 et 1892 — l'acte de chaque enfant note le déplacement sans jamais le raconter.

Célestin, lui, fera le trajet inverse : il épousera Léa Defleur, de Lesve, et ramènera la lignée au village maternel. Les deux communes sont aujourd'hui des sections de Profondeville, à quatre kilomètres l'une de l'autre.

Ce qui manque, et pourquoi

Son mariage, vers 1920-1928, et sa mort en 1962 ne figurent pas ici. Ce n'est pas faute de les avoir cherchés : la numérisation des registres belges s'arrête à 1910, et tout ce qui suit n'est consultable qu'au guichet.

Ce n'est pas un mur juridique — depuis la réforme de l'état civil de 2019, les actes deviennent publics après cent ans pour une naissance, soixante-quinze pour un mariage, cinquante pour un décès. Tout ce qui concerne Célestin est donc communicable aujourd'hui. Il faut simplement aller le demander à la commune de Profondeville, ou aux Archives de l'État à Namur. C'est le prochain chantier de cette branche.

Sources