La petite histoire

Sosa 16 · Génération V · Les trisaïeuls · Branche Heyvaert

Philippus Jacobus Heyvaert

1841 – 1878

Vérifié sur document

Cultivateur à Merchtem. Né à Merchtem le 14 juillet 1841 à sept heures du soir, au domicile de ses parents, Breestraat ; son père, Petrus Joannes Heyvaert, cultivateur, le déclare le surlendemain. Sa mère est Maria Theresia De Baerdemaecker, cultivatrice ; tous deux sont décédés avant lui. Époux d'Isabella Theresia De Backer, de neuf ans son aînée, dont il déclare lui-même le décès en 1877. Mort veuf le 2 mars 1878 à six heures et demie du soir, en sa demeure Galgestraat section D n° 5 — la même maison où s'était éteinte sa femme, et où naîtra son petit-fils Louis en 1903. Il laisse trois orphelins de 7, 4 et 2 ans. Son décès est déclaré par son beau-frère Jan De Clerck, cultivateur, et par son voisin Louis De Pauw, rentier.

Naissance14 juillet 1841, Merchtem
Décès2 mars 1878, Merchtem
ProfessionCultivateur
UnionIsabella Theresia De Backer — union non vérifiée

Les pièces

Les documents d’archives rassemblés pour cette personne — cliquer pour ouvrir l’image en pleine taille.

Acte de naissance n° 68, l'acte seul
Acte de naissance n° 68, l'acte seul1841-07-14_acte-naissance_recadre.png
Acte de décès n° 32, l'acte seul
Acte de décès n° 32, l'acte seul1878-03-02_acte-deces_recadre.png

Ce que les actes racontent

Un nom sur un acte, et rien d'autre

Pendant longtemps, Philippus Jacobus Heyvaert n'a été qu'une mention dans l'acte de mariage de son fils. En 1901, quand Josephus épouse Maria Catharina Vryders à Merchtem, le greffier note que le marié est fils de feu Philippus Jacobus — mort, donc, et depuis assez longtemps pour qu'on n'en dise pas plus. Un arbre généalogique consulté en ligne lui donnait deux dates, 1841 et 1878, sans en produire la preuve. C'était un point de départ, pas une certitude : un patronyme partagé ne prouve rien, et l'on comptait alors quatre souches Heyvaert différentes à Merchtem.

Trente-sept ans de vie tenaient donc dans deux chiffres qu'il fallait vérifier.

D'abord la fin : un acte de décès, en mars 1878

Les registres de Merchtem sont numérisés, mais un registre numérisé n'est pas un registre indexé : sept cent soixante-dix-sept photographies se suivent sans table ni sommaire, et les actes de décès de 1878 s'y cachent quelque part entre les suppléments de mariage. Une quinzaine de tentatives de repérage ont échoué avant qu'un simple feuilletage, page après page, ne fasse apparaître l'acte numéro 32, à l'image 445.

Il valait la peine. Le voici en entier, traduit du néerlandais dans lequel il a été rédigé :

Acte de décès n° 32. Le quatre mars mil huit cent septante-huit, à neuf heures avant midi, devant Nous Philippus De Donder, échevin, officier de l'état civil de la commune de Merchtem, arrondissement de Bruxelles, province de Brabant, ont comparu en notre maison communale :

Jan DE CLERCK, âgé de trente-sept ans, landbouwer (cultivateur), demeurant à Merchtem, beau-frère (zwager) du défunt, et Louis DE PAUW, âgé de cinquante-huit ans, rentenier (rentier), demeurant à Merchtem, voisin du défunt ;

lesquels nous ont déclaré que Philippus Jacobus HEYVAERT, landbouwer (cultivateur), demeurant à Merchtem, né ici le quatorze juillet mil huit cent quarante et un, veuf d'Isabella Theresia DEBACKER, fils de feu Joannes et de feue Maria Theresia DEBAERDEMAECKER, est décédé ici en sa demeure, Galgestraat, section D n° 5, le deux mars à six heures et demie du soir.

Lecture faite, les comparants ont signé avec Nous. Signatures : Jan De Clerck · Louis De Pauw.

Une seule phrase, et quatre générations s'éclairent. Elle donne sa date de naissance au jour près — l'arbre disait vrai. Elle apprend que ses deux parents étaient morts avant lui, ce qui les fait exister comme personnes réelles et non plus comme noms recopiés. Elle donne son adresse. Et elle dit qu'il est veuf : sa femme l'a précédé de quatorze mois, dans cette même maison.

Deux hommes se présentent à la maison communale pour déclarer le décès. Le second est un voisin, rentier. Le premier est Jan De Clerck, cultivateur, trente-sept ans, beau-frère du défunt. Ce mot-là est une porte : Philippus Jacobus avait donc une sœur, mariée à un De Clerck. On ignore encore son prénom — elle est à chercher parmi les naissances de Merchtem entre 1826 et 1841 — mais on sait qu'elle existait, et qu'elle vivait à deux pas.

Puis le commencement : l'acte de naissance, en juillet 1841

Sachant enfin la date exacte, retrouver l'acte de naissance n'a plus été qu'une formalité : registre de 1841, dix-huitième image, acte numéro 68.

Acte de naissance n° 68. Le seize juillet mil huit cent quarante et un, à huit heures avant midi, devant Nous Victor Thibaut, échevin délégué, officier de l'état civil de la commune de Merchtem, arrondissement de Bruxelles, province de Brabant, a comparu en notre maison communale :

Petrus Joannes HEIJVAERT, âgé de trente-neuf ans, landbouwer (cultivateur), natif de Merchtem, demeurant à Merchtem, Breestraat ;

lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né en sa demeure le quatorze juillet à sept heures du soir, de lui comparant et de son épouse Maria Theresia DE BAERDEMAECKER, âgée de trente-six ans, landbouwster (cultivatrice), née et demeurant à Merchtem, mariés ensemble à Merchtem ; auquel enfant il donne les prénoms de Philippus Jacobus.

Le tout en présence de Bonaventura DE WINDE, âgé de trente-cinq ans, koster (sacristain), demeurant à Merchtem, et de Benoit LINTHOUDT, âgé de trente-deux ans, koopman (marchand), demeurant à Merchtem. Lecture faite, les témoins et le père ont signé avec Nous. Signatures : B. De Winde · P. J. Heijvaert · B. Linthoudt · V. Thibaut.

Les deux témoins sont le sacristain de la paroisse et un marchand : des voisins de convenance, non des parents — de ce côté-là, aucune piste familiale. Le père, lui, signe d'une main assurée, P. J. Heijvaert, ce qui dans ce village de cultivateurs n'allait pas de soi : la famille sait écrire dès 1841.

Une curiosité, qu'on laisse telle quelle faute de l'expliquer : juste avant le nom du second témoin, le greffier a réécrit celui du premier, suivi d'un mot qui ne se rattache à rien de connu. Le passage n'est pas biffé. Relu à fort grossissement, il reste une anomalie de plume ; ce sont les signatures, au bas de l'acte, qui disent qui était réellement là.

Cet acte règle une question restée en suspens. L'acte de décès n'appelait le père que « Joannes » ; celui-ci donne les deux prénoms, Petrus Joannes. Ce n'est pas une contradiction mais un usage de famille, qu'on retrouve à chaque génération : on est désigné par son second prénom. Le petit-fils de Philippus Jacobus, baptisé Judocus Ludovicus, sera Louis toute sa vie.

Il apprend aussi que la famille sait écrire dès 1841 — ce qui, dans ce village de cultivateurs, n'allait pas de soi. Et que l'on habitait alors la Breestraat, non la Galgestraat où l'on mourra : le déménagement s'est fait entre 1841 et 1877, sans doute au mariage.

Ce que ces deux actes dessinent

Une vie brève et resserrée. Il naît dans la maison de ses parents, dans une famille de cultivateurs déjà mûrs — son père a trente-neuf ans, sa mère trente-six — ce qui veut dire qu'il n'est pas l'aîné et que des frères et sœurs l'ont précédé. Il perd sa mère à dix-huit ans, son père à vingt-sept ; c'est lui qui va déclarer ce décès-là à la commune, en mai 1869, et il y signe de sa main la première signature que nous ayons de lui.

Il épouse une femme de neuf ans son aînée, Isabella Theresia De Backer, née en 1832. Trois enfants naissent Galgestraat : Josepha Maria en 1871, Josephus en 1873, Petrus en 1876. Isabella meurt en janvier 1877, lui en mars 1878, dans la même maison, à trente-six ans. Les trois enfants ont alors sept, quatre et deux ans.

Cette maison de la Galgestraat n'a pas fini de servir : c'est là que naîtra, en 1903, le petit-fils qu'il n'a pas connu — Louis. Trois générations à la même adresse, sur vingt-six ans.

Ce qu'on cherche encore

Qui a élevé les trois orphelins de 1878 ? Le ménage De Clerck est le premier candidat, mais rien ne l'atteste pour l'instant. Il faudrait pour cela identifier la sœur de Philippus Jacobus, et donc reconstituer sa fratrie dans les naissances de Merchtem entre 1826 et 1841.

L'autre chantier remonte d'un cran. L'acte de naissance dit que ses parents se sont mariés à Merchtem avant juillet 1841 : cet acte de mariage existe donc, et un acte de mariage nomme les quatre parents des époux. Le retrouver ferait apparaître d'un seul coup ses quatre grands-parents, dont on ne sait aujourd'hui presque rien.

Sources