La petite histoire

Sosa 32 · Génération VI · Les quadrisaïeuls · Branche Heyvaert

Petrus Joannes Heyvaert

1802 – 1869

Vérifié sur document

Né à Merchtem le 3 ventôse an X (22 février 1802), fils de Josephus Heyvaert, cultivateur, et de Joanna Petronella Lombaert. Tisserand de lin (linnenwever) à son mariage, cultivateur (landbouwer) ensuite, à Merchtem, au lieu-dit Breestraeten. Épouse à Merchtem, le 16 mai 1827, Maria Theresia De Baerdemaecker ; ses parents sont présents et consentants au mariage. Signe d'une belle main. Âgé de 39 ans le 16 juillet 1841, lors de la déclaration de naissance de son fils Philippus Jacobus, acte qu'il signe. Présent et consentant, avec son épouse, au mariage de leur fille aînée Joanna Petronella, à Merchtem le 28 décembre 1854 ; il y est dit âgé de 52 ans et signe. Déclare le décès de son épouse, le 20 mai 1859, et signe. Décédé à Merchtem, en sa demeure de Breestraeten section F n° 4, le 9 mai 1869 à trois heures du matin ; son fils Philippus Jacobus, âgé de 27 ans, déclare le décès et le signe. Les actes de 1802, 1827 et 1841 le prénomment Petrus Joannes ; l'acte de décès de son fils, en 1878, ne le nomme que Joannes.

Naissance22 février 1802, Merchtem
Décès9 mai 1869, Merchtem
Professiontisserand de lin, puis cultivateur
UnionMaria Theresia Debaerdemaecker — mariés le 16 mai 1827, Merchtem

Les pièces

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Extrait naissance Petrus Joannes HEYVAERT, annexes 1827 — 22 février 1802
Extrait naissance Petrus Joannes HEYVAERT, annexes 1827 — 22 février 18021802-02-22_extrait-naissance-Petrus-Joannes-HEYVAERT_annexes-1827.jpg
Acte mariage Heyvaert De Baerdemaecker, n09 — 16 mai 1827
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Acte deces Merchtem n45 — 9 mai 1869
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Ce que les actes racontent

Un homme entrevu dans le mariage d'un autre

On l'a d'abord rencontré comme témoin. En janvier 1832, à Merchtem, un certain Petrus Antonius Heijvaert se marie ; parmi les témoins figure Petrus Joannes Heijvaert, trente ans, cultivateur, frère de l'époux, qui signe d'une belle main. L'âge concordait avec ce qu'on savait du père de Philippus Jacobus. Le métier aussi, et la commune. Et comme l'acte donnait la filiation complète de l'époux, il donnait du même coup, si les deux hommes étaient bien frères, le nom des parents que l'on cherchait.

C'était tentant. C'était insuffisant.

Pourquoi un nom identique ne prouve rien

Heijvaert est à Merchtem ce que Dupont est ailleurs. Vers 1830, au moins quatre familles Heijvaert sans lien connu y vivent côte à côte, plus une branche venue d'Opwijk ; les seules pages consultées pour cette recherche en montraient sept porteurs adultes différents. Rien n'interdisait qu'un second Petrus Joannes, du même âge et du même métier, habitât le même village.

Le témoin de 1832 ne disait pas de qui il était le fils. Il disait de qui son frère l'était. Tant qu'on ne tenait pas un acte où notre homme est lui-même le sujet, l'ascendance restait une hypothèse — vraisemblable, non démontrée. Elle l'est restée plusieurs jours, en toutes lettres, plutôt que d'être écrite dans l'arbre.

Une chose, en revanche, était acquise et frappante : les parents de l'époux de 1832 étaient morts à neuf jours d'intervalle, les 5 et 14 septembre 1831. Le choléra traversait alors la Belgique. Ce mariage de janvier, quatre mois après un double deuil, ressemble à une maison qu'on rebâtit.

Le dossier oublié d'un mariage de 1827

La sortie n'est pas venue du registre des mariages, mais de ce qui l'accompagne. Avant de marier deux personnes, une commune exige des pièces : extrait de naissance, certificat de milice, extraits de décès des parents défunts. Ces liasses ont été reliées à part, et conservées.

Dans le volume des annexes de Merchtem, quatre pièces portent la même date de délivrance, le 10 mai 1827, et un même numéro d'ordre en marge : c'est un dossier de mariage constitué pour un homme précis. La première est son extrait de naissance, recopié d'un registre de l'an X — rédigé en français, comme tous les actes de la période napoléonienne, et cité ici tel quel :

L'an dix de la République française le troisième jour du mois de Ventôse, à deux heures du relevé, est né à Merchten Pierre Jean Heyvaert, fils de Joseph Heyvaert, domicilié à Merchten, profession cultivateur, et de Jeanne Pétronelle Lombaert, domiciliée à Merchten.

Le 3 ventôse an X est le 22 février 1802. L'acte de naissance de son fils, en 1841, lui donnait trente-neuf ans : les deux se recoupent au mois près. Et le couple nommé ici — Joseph Heyvaert et Jeanne Pétronelle Lombaert — est celui-là même que les extraits de 1831 désignaient comme les parents du marié de 1832. Le patronyme Lombaert, peu banal, ne laissait plus de place au doute.

Restait à trouver le mariage auquel ce dossier servait.

L'acte de mariage, 16 mai 1827

Il était là, six jours après la délivrance des pièces, dans le registre des mariages de Merchtem, feuillet numéro 9 de l'année 1827. Traduit du néerlandais :

Aujourd'hui seize mai mil huit cent vingt-sept, à huit heures avant midi, devant Nous Egidius Claes, assesseur spécialement délégué, officier de l'état civil de la commune de Merchten, district de Bruxelles, a comparu Petrus Joannes Heyvaert, tisserand de lin (linnenwever), né à Merchten le trois ventôse an dix de la République, y demeurant, ayant produit l'attestation relative à la Milice prescrite par l'article 200 de la loi, en date du vingt-huit avril dernier, fils majeur de Josephus Heyvaert, âgé de cinquante-sept ans, et de Joanna Petronella Lombaert, âgée de cinquante-deux ans, époux, cultivateurs demeurant à Merchten, tous deux présents et consentants, d'une part ;

et Maria Theresia De Baerdemaecker, née à Merchten le six brumaire an treize de la République, y demeurant, majeure, cultivatrice, fille naturelle (onwettige dochter) de feu Elisabeth De Baerdemaecker, décédée à Merchten le douze juillet mil huit cent vingt-cinq, d'autre part.

Les publications ont été faites aux portes de la maison communale les six et treize mai, à sept heures du matin. […] Nous déclarons au nom de la loi que sont unis par le mariage Petrus Joannes Heyvaert et Maria Theresia De Baerdemaecker, le tout en présence du père et de la mère de l'époux ; [témoins :] Carolus Okens, cultivateur, quarante-deux ans, de Merchten ; Petrus Antonius Heyvaert, vingt-deux ans, cultivateur, à Merchten ; et Joannes Ludovicus Van Cappellen, vingt-deux ans, étudiant, demeurant à Merchten. Lecture faite, nous avons signé ensemble, hormis le père de l'époux, lequel a déclaré ne pas savoir écrire, pour cause d'illettrisme.

Signé : P. J. Heyvaert · C. Okens · P. A. Heijvaert · M. T. de baerdemaecker · J. L. V. Cappellen · J. P. Lombaert · E. Claes.

Ce que cette phrase dénoue

Ses parents sont là, dans la salle, présents et consentants. Non plus déduits d'un acte concernant son frère, mais nommés dans le sien propre, avec leurs âges. L'hypothèse devient un fait : Josephus Heyvaert, cinquante-sept ans, et Joanna Petronella Lombaert, cinquante-deux ans, sont bien ses père et mère — nés respectivement vers 1769-1770 et vers 1774-1775. Ils mourront tous deux quatre ans plus tard, dans la semaine du choléra.

Et le témoin de 1832 était bien son frère : Petrus Antonius Heyvaert, vingt-deux ans, figure ici parmi les témoins de son aîné.

Le bas de l'acte dit autre chose, plus intime. Le père ne sait pas écrire — l'acte le note explicitement. Sa femme, elle, signe d'une grande main : J. P. Lombaert. Leur fils signe aussi, et bien. En une génération, la famille est passée à l'écrit, et c'est la mère qui, semble-t-il, l'y a portée.

Quant à la mariée, l'acte la dit fille naturelle d'une Elisabeth De Baerdemaecker morte deux ans plus tôt. Elle n'a pas de père à présenter. Le mot est là, sans commentaire, dans le formulaire imprimé.

Une vie qu'on peut suivre à la trace

Ce qui rend cet homme attachant, c'est qu'il signe partout. Trois de ses signatures nous sont parvenues, à trente-deux ans de distance : à son mariage en 1827, au mariage de sa fille aînée en 1854, et en 1859 quand il vient déclarer la mort de sa femme. Même main, même graphie hésitant entre Heyvaert et Heyvaerd.

Elles racontent aussi un parcours. En 1827 il est tisserand de lin ; en 1854 et en 1859 il est cultivateur. Le lin brabançon décline, on retourne à la terre. Il habite le hameau de Breestraeten — au quartier H en 1859, section F numéro 4 en 1869 : le cadastre change, pas la maison.

Le couple aura neuf enfants entre 1828 et 1850, si l'on en croit un dépouillement local dont nous n'avons pas encore vu les actes. Philippus Jacobus, né en 1841, serait le sixième. Un détail plaide pour cette liste : les prénoms. L'aînée s'appelle Joanna Petronella comme sa grand-mère, un fils Petrus Jozef comme son grand-père, un autre Egide — comme l'arrière-grand-père. On nommait les enfants d'après les aïeux, et cet usage-là recoupe exactement la filiation que les actes ont établie.

Deux dates, une seule vraie

Sur sa mort, les sources se contredisaient. Plusieurs arbres généalogiques donnaient le 9 mai 1869 ; un autre, le 5 avril 1871. Aucun des deux camps ne produisait d'acte. Plutôt que de trancher au hasard ou de couper la poire en deux, on a classé les deux dates par vraisemblance — quatre sources contre une — et on est allé vérifier la plus probable d'abord.

Elle était la bonne. Registre des décès de Merchtem, 1869, acte numéro 45, traduit du néerlandais :

Ce jourd'hui dix mai mil huit cent soixante-neuf, à huit heures avant midi, devant Nous Philippus De Donder, échevin, officier de l'état civil de la commune de Merchtem […] ont comparu Petrus Cooremans, âgé de quarante-deux ans, cultivateur, demeurant à Merchtem, gendre du défunt, et Philippe Heyvaert, âgé de vingt-sept ans, cultivateur, demeurant à Merchtem, fils du défunt ;

lesquels nous ont déclaré que Petrus Joannes Heyvaert, cultivateur, demeurant à Merchtem, né ici le trois ventôse an dix de la République française, veuf de Maria Theresia Debaerdemaeker, fils de feu Josephus et de feue Joanna Petronilla Lombaert, est décédé ici en sa demeure, Breestraeten, section F n° 4, le neuf mai à trois heures du matin.

Signé : Petrus Cooremans · P Heyvaert · Ph. De Donder

Il est mort chez lui le 9 mai 1869, à trois heures du matin, à soixante-sept ans. La date de 1871 est fausse, et il valait la peine de le dire : une erreur qu'on ne signale pas revient toujours par un autre chemin.

Cet acte fait bien davantage que corriger un chiffre. Il répète sa date de naissance — le 3 ventôse an X — soixante-sept ans après l'extrait de 1827, depuis une source entièrement indépendante. Il renomme ses deux parents, tous deux dits feu, confirmant une seconde fois la filiation. Et l'un des deux déclarants est son fils Philippe, vingt-sept ans, qui signe P Heyvaert : c'est Philippus Jacobus, qui mourra neuf ans plus tard, et dont c'est ici la première signature que nous connaissions.

L'autre déclarant, Petrus Cooremans, quarante-deux ans, est dit gendre du défunt. Il avait donc épousé une de ses filles. Laquelle, on l'ignore encore.

Le prénom de son père, qu'on n'a pas tranché

Une question reste ouverte, et il serait malhonnête de la masquer. Le père de Petrus Joannes est nommé dans cinq documents, et pas de la même façon. L'acte de mariage de 1827 et l'extrait de naissance de son fils le disent simplement Josephus, ou Joseph. L'acte de décès de 1869 dit Josephus. Mais les pièces de 1831-1832 le disent Petrus Josephus — et l'extrait de sa propre naissance, recopié d'un registre de 1804, le nomme Égide Joseph.

Le Joseph est constant ; c'est le prénom qui le précède qui varie. L'hypothèse la plus économique est qu'il se prénommait Egidius Josephus, comme son propre père Egidius, et que l'usage tardif a glissé vers Petrus, prénom de son fils aîné. Mais une hypothèse économique n'est pas une preuve : sur le site comme dans l'arbre, il reste Joseph(us) Heyvaert, en attendant son acte de naissance — qui, né vers 1770, ne se trouvera pas à l'état civil mais dans les registres de la paroisse.

Sources